Poètes - Tanka
Sur cette page, vous allez trouver au fur et à mesure la présentation de poètes du tanka, tant du Japon que d'autres pays du monde.
Mise à jour au 1er avril 2008
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Machi Tawara - 俵万智 - née le 31 décembre 1962) Bien que millénaire, le tanka reste toujours populaire au Japon même. A la suite du succès phénoménal de Sarada Kinenbi (Salad Anniversary, 1989 dont la version originale japonaise Sarada Kinenbi a été publiée en 1987), recueil de tankas vendu à plus de huit millions d'exemplaires, Machi Tawara, une jeune poète de 26 ans, a reçu 200,000 tankas de ses lecteurs et lectrices. En 2007, puis en
2008, la Revue du tanka francophone publie des extraits de Anniversaire de
la salade et les éditions Picquier publient finalement en français ce
recueil de tanka japonais contemporains. Le site Internet de Machi Tawara
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"Sarada Kinenbi"
"Anniversaire de la salade"
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En décembre 2007, notre Revue du Tanka francophone publie une adaptation française de 12 de ses poèmes, avec l' autorisation de Machi Tawara, pour notre revue et réalisée par Janick Belleau.© Janick Belleau 2007 En voici quelques-uns : Sur l’épaule de l’homme à la trompette argentée ombre noire du microphone Je te vois de dos lisant un livre de poche en m’attendant – légèrement énervant Te dis bonne nuit et pense, maintenant le téléphone n’a plus besoin de sonner aujourd’hui
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| Ishikawa Takuboku est un poète japonais,
né le 20 février 1886 et mort de tuberculose le 13 avril 1912 à l'âge
de vingt-six ans.
Son père avait la charge d'un temple bouddhique à Shibutami, dans le nord du pays. Takuboku se détourne vite de brillantes études pour se passionner pour la poésie. Mais sa maladie et d'autres aléas de sa vie personnelle le conduiront à une existence précaire, l'obligeant à gagner sa vie comme instituteur, journaliste, correcteur d'imprimerie. Considéré comme un Rimbaud japonais, il est fameux comme auteur de tanka et de poésie de style « moderne » (shintaishi ou shi) ou « libre » (jiyushi). Il fut d'abord membre du groupe de poètes naturalistes Myojo, puis se joignit au groupe dit « socialiste ». Ses principales œuvres sont des tankas et un journal intime :
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| Quelques-uns de ses poèmes :
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Écrasé dans ce coin d'un train bondé chaque soir je m'attendris sur moi-même |
Le miroir à la main lassé d'avoir trop pleuré j'essaie toutes les grimaces |
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Soudain une angoisse profonde je me fige et doucement caresse mon nombril |
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Sans but monté dans un train quand j'en suis descendu nulle part où aller
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Je sens mon cœur lentement s'alourdir comme l'éponge se gorge d'eau
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Sans raison l'envie de courir à travers les prés à bout de souffle |
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J'ai éteint la lampe tout exprès pour me concentrer sur des pensées futiles |
Quand j'ôte le bouchon, l'odeur d'encre fraîche descend dans mon ventre affamé et me rend triste |
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Mon prochain jour de congé je le passerai à dormir trois ans que cette pensée m'obsède |
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Akiko Yosano - 与謝野
晶子 Y
(7 décembre 1878 - 29 mai 1942) En décembre 2007, notre Revue du Tanka francophone publie un article de Micheline Beaudry qui fait la recension de "Midaregami - Les cheveux emmêlés - Tangled hair" – recueil de tanka de Akiko Yosano
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Au travers le rideau De ce lit d’amour Je contemple La séparation des étoiles Le long de la Voie Lactée
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Jeune repiqueuse de riz D’une main pleine de boue Rajuste une mèche de cheveu
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| Sarashina
Poétesse de la Cour du Japon au XIe siècle pendant l'ère Heain, elle écrivit un journal dans lequel se trouve quelques tanka.
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Les longues feuilles du roseau se ploient facilement je ne le posséderai pas de force mais laisserai ce soin au vent |
Cette nuit d'hiver sans fleur ni lune elle pénètre ma pensée et m'y fait songer je me demande pourquoi |
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| Murasaki Shikibu
Murasaki Shikibu est une Dame ayant vécu aux Xème et XIème siècles (environ 978-1014). Fille de Fujiwara no Tametoki. Son vrai nom serait To Shikibu (Shikibu est un titre). Elle fut dame d'honneur de l'impératrice Akiko. Elle était au service de la fille de l'Empereur japonais de cette époque (l'empereur Ichijô). Lorsque son mari meurt (en 1001), elle ne se consacre plus qu'à l'écriture, et plus particulièrement à sa principale oeuvre: Genji Monogatari. Mais aussi d'un journal dans lequel on trouvera également des tanka.
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Poules d'eau flottant sur l'eau elles semblaient si gaies mais quelle joie y-a-t-il en vérité a quêter dans l'inquiétude la nourriture de sa vie ? |
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| Izumi Shibibu
Fille aînée de Oe Masamune, gouverneur d'Échizen, elle épousa Tachibana Michisada, gouverneur d'Izumi, doù son nom. En 1008, elle devint aussi dame de la cour de l'impératrice Akiko.. Dans son journal, commencé en 1003, nous trouvons quelques tanka.
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Hors des ténèbres dans un sentier obscur il me faut maintenant m'engager veille sur moi de loin Lune de la frange des montagnes |
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| Ono no Komachi
Née durant le premier quart du IXe siècle, possiblement en 809, probablement décédée en 900 ou 901) était une fameuse poétesse japonaise de tanka de l'époque Heian. En tant que poétesse, Komachi se spécialise dans les thèmes amoureux voire érotiques. La plupart de ses poèmes évoquent l'anxiété, la solitude ou la passion amoureuse. Elle est la seule poétesse mentionnée dans la préface du Kokinshu. "Visages cachés, sentiments mêlés", traduit par Armen Godel et Koichi Kano, Éditions Gallimard, ISBN 2070750922 En septembre 2007, nous avons publié dans notre Revue du Tanka francophone une recension de son livre réalisée par Janick Belleau.
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La couleur des fleurs S'est fanée hélas Tandis que le regard perdu Je pense à la fuite de mes jours Dans la nuit où il pleut sans fin. (Traduction de Gaston Renondeau)
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Parce qu'en pensant à lui Je m'étais endormie Sans doute il m'apparut. Si j'avais su que c'était un rêve Je ne me serais certes pas réveillée.
(A partir du site de André Duhaime)
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Les matins quand je traverse Les forêts de bambous en automne Mes manches sont trempées Mais combien plus encore Ces nuits où nous ne nous sommes pas rencontrés (à partir de la traduction de Strong)
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| Patrick Simon
Né en 1953 en France, il vit maintenant au Québec (Canada). Auteur d'une quinzaine de livres (romans, poésie, essais), il dirige depuis 2007 la Revue du tanka francophone. Un recueil de haïku et tanka fut publié en 2006 : "A deux pas de moi". Un recueil de tanka est à paraître en 2008 : "Tout près de moi".
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Quelques poèmes inédits :
Hommage à Verlaine L'océan sonore mais ici fleuve immobile formidablement
nuit de la pleine lune et le même silence œ
Hommage à Sei Shônagon Teint à la cendre peintre à la vue obscurcie d'avoir autant vu ici je n'ose peindre de si beaux cheveux mêlés
œ
Tel un bleu glacial le printemps s’avancera à pas compté bas
sur un paravent d’antan des souvenirs à claire voie
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| Niji Fuyuno
Née à Osaka en 1943, Niji Fuyuno, de son vrai nom Junko Yotsuya, a publié notamment ses poèmes dans la revue Mushimegane (Loupe) qu'elle a fondée avec Ryu Yotsuya en 1987.Elle est décédée le 11 février 2002.
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Je démêle les traits des arbres du tableau de Mondrian en pensant aux pas cadencés de Taketori-no-okina
Je ne sais les yeux de qui dessinaient cette courbe-là, sur ma véranda, il y avait le filet éphémère de la lueur du soir (Donata no manazashi no egaku kyokusen ka shirane do yûgure no asaki engawa no hikari) Sans bruit, je monte... sans bruit, je descendes les marches... partout, la poussière, la poussière du printemps m'enveloppe de son parfum. (Kaidan o oto naku nobori orite kuru haru no hokori no nioi no naka o)
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| Fujiwara No Teika
Poète de la période fin Heian et de début Kamakura. Né en 1162 comme fils de Fujiwara no Toshinari, un autre poète. Depuis qu'il a participé à une fête impériale de poète à l'âge de 17 ans, sa réputation n'a jamais cessé de s'étendre et il fut appelé par Gotoba joko pour compiler Shin kokinshu en 1201. Son style, "ushin" c-à-d sensibilité esthétique a beaucoup influencé la poésie de la prochaine génération. Son journal est une excellente source pour apprendre la vie aristocratique. Il mourut en 1241. Son livre majeur sur le tanka : "Fujiwara No Teika (1162-1241) et la notion d'excellence en poésie. Théorie et pratique de la composition dans le Japon classique." Traduit et commenté par Michel Vieillard-Baron Collège de France (Institut des Hautes études Japonaises - Diffusion De boccard - 2001 ISBN 2-913217-05-02 |
Sur nos manches immaculées au moment de la séparation tombe la rosée [de nos larmes de sang] tandis que souffle un vent d'automne ---
Tout bien réfléchi la voûte céleste n'a point de nuance particulière et c'est bien la clarté de la lune qui fait [la couleur de] l'automne ---
Le pont flottant de mes songes en cette courte nuit de printemps s'est interrompu ; du sommet de la montagne s'écartent de longs nuages dans le ciel
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| Okai Takashi (né en 1928)
Poète japonais qui est un des rénovateurs du tanka contemporain, connu pour ses différentes tentatives pour créer un rythme plus ample grâce à la présentation en série ou à l’insertion du tanka dans une prose. Il introduit, comme Machi Tawara le langage parlé, le kôgo. De même, ses travaux portent sur le rythme. Pour lui, cinq composantes rythmiques existent : :provenant du sens des mots et des phrases, les propriétés phonétiques, la perception globale du rythme, la distribution des voyelles, l'aspect visuel du tanka. Il a publié deux essais très intéressants : "Réflexions sur la littérature courteversifiée" et "Le tanka contemporain : comment le lire, comment écrire - niveau moyen"
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Hyakunin Isshu Katura (jeux de cartes où le meneur commence à réciter le début du poème et où les joueurs doivent trouver la fin avant qu’il ait fini de lire ce début de poème ; chaque joueur dispose de deux jeux : sur chacune des cartes du premier jeu est écrit le poème en entier, sur les autres n’est écrite que la fin de chaque poème). Les tanka recouvrent les périodes Nara et Heian (un choix réalisé par Fujiwara no Teika dans les anthologies Manyôshû, Kokinshû et Shin Kokinshû) Traduction de Ryôji Nakamura et René de Ceccatty
1
Automne sur le champ de riz, le chaume de l’appentis est clairsemé mes manches sont toujours imprégnées de rosée. Empereur Tenchi (626-671)
2
Il semble que le printemps s’achève et que l’été soit là sur le mont Ama-no-kaguyama, dit-on teintes en blanc sèchent des robes Impératrice Jitô (645-702)
3
Comme le faisan dans les monts sombres effile et incline sa longue queue pourquoi dois-je tout seul m’endormir dans la longue nuit ? Kakinomoto ni Hitomaro (début du VIIIe siècle)
4
On découvre soudain la baie de Tago, un blanc manteau sur le mont Fuji la neige tombe et tombe sur la haute cime. Yamabé no Akahito (début du VIIIe siècle)
6 Comme on voit sur le pont que travers la pie le givre étendre sa blancheur, la nuit avance. Ôtomo Yakamochi (716 ? – 785) 7
Mes yeux parcourent les champs célestes : est la lune qui pointe sur les monts de Mikasa, à Kasuga ? Abé no Nakamaro (689-770)
8
J’ai pour clair gîte une cabane au sud-est de Kyôto Mais on dit que je demeure au mont Uji où j’isole mes pleurs du monde. Moine Kisen
9 La couleur des fleurs se métamorphose au rythme moqueur des jours et des choses sous mes yeux enfuis au bruit de la pluie Ono no Komachi (milieu du IXe siècle)
10
Voilà donc où vont et vienne et se séparent amis et étrangers, lieu de rencontre : la douane d’Ôsaka. Semimaru
11
Avertis-les que je ramerai au-delà de l’archipel aux quatre-vingt îles, vers la plaine des mers, bateau de pêche ! Ono no Takamura (802-852)
12
Souffle céleste, coupe la route familière aux nuages, pour que je captive encore cette ombre virginale. Sôjô (archevêque) Henjô (816-890)
13
Pareil au fleuve androgyne qui dévale depuis la cime de Tsukuba Mon amour gonfle et s’engouffre. Impératrice retirée Yôzei (868-949)
14
A Michinoku, il est une teinture qu’on appelle " souffrance " Qui me fait souffrir tant de couleurs en désordre ? Ce n’est pas ma faute… Minamomo no Tôru (822-895)
15
Pour toi je suis allé dans le champ printanier cueillir de jeunes pousses et la neige sur mes manches tombe et tombe Empereur Kôkô (830-887)
16
Je m’en vais mais si j’entends sur les cimes des monts Inaba le pin murmurer " J’attends " je reviendrai alors. Ariwara no Yukihira (818-893)
17
Sous l’empire des dieux mêmes nul n’entendit jamais parler d’une rivière Tatsuta aussi pourpre sous les feuilles, l’eau va son cours ! Ariwara no Narihira (825-880)
18
Quel chemin même rêvé imiterait nuitamment le déferlement des vagues de Suminoé quand j’évite les regards étrangers ? Fujiwara no Toshiyuki (?-907)
19
Les roseaux frêles des étangs de Naniwa ont plus d’espace entre leurs nœuds qu’il ne m’en faudrait entre les instants de ce monde pour vous rencontrer et le quitter. Isé 20 Trop longtemps affligé pour avoir rien à perdre, je n’attends que votre rencontre au prix de mes tourments comme un pôle des étangs de Naniwa. Prince Motoyoshi (890-943) 21 Il m’a suffit d’entendre " je viens " pour attendre déjà la lune de l’aurore la longue lune de l’automne. Moine Sosei 22 Son souffle flétrit les plantes de l’automne : le vent des montagnes a nom " tempête ". Funya no Yasuhidé 23 La vue de la lune multiplie les objets de ma tristesse mais l’automne n’envahit pas mon seul cœur. Ôe no Chisato 24 Cette fois-ci, je suis venu les mains vides dans la montagne des offrandes ce tapis de feuilles colorées et ce tissu de branches reviennent aux dieux. Sugawara no Michizané (845-903) 25 Si les vrilles du gainier du mont d’Ôsaka portent bien leur nom n’y a-t-il pas moyen de venir à l’insu de tous ? Fujiwara no Sadakata (873-932)
26 Si les feuilles rougeoyantes des cimes du mont Ogura avaient une âme attendraient-elles une fois encore le passage de Sa Majesté en visite ? Fujiwara no Tadahira (880-9490
27 Comme jaillit et coule dans le champ de Mika le fleuve Source quand l’ai-je vu, pour éprouver un tel amour ? Fujiwara no Kanesuké (877-933) 28 L’hiver est seul dans la retraite des montagnes ! Désertée la terre est nue. Quand j’y pense… Minamoto no Muneyuki (?-939) 29 Je voudrais à l’aventure cueillir, je cueille sous un peu de première gelée qui les cache et me trouble les fleurs blanches du chrysanthème. Ôshikôchi no Mitsuné 30 La lune restée en plein jour dans le ciel est impitoyable depuis ma rupture, que l’aube est amère ! Miku no Tadaminé 31
Blanche et confondue aux lueurs de l’aube et de la lune attardée sur les campagnes de Yoshino la neige tombe. Sakanoué no Korenori (?-930) 32
Sur le torrent un barrage élevé par le vent ? œuvre des feuilles rouges arrêtées dans leur cours. Harumichi no Tsuraki (?-920 ?)
33
Dans la lumière fragile et tamisée d’un jour de printemps l’inquiétude d’une pluie de fleurs. Ki no Tomonori 34
Qui prendrai-je pour ami quand le pin de Takasago si vieux soit-il n’est pas un compagnon de longue date ? Fujiwara no Okikazé
35
Je ne sais ce qu’il en est de vous, mais les fleurs du village ont gardé le parfum des jours anciens Ki no Tsurayuki (868 ?-945) 36
Nuit d’été et je me crois au crépuscule et déjà le jour se lève… derrière quel nuage la lune s’est-elle blottie ? Père de Kiyohara no Fukaya 37 La bise d’automne souffle sur la rosée de la plaine et disperse des perles qu’aucun fil ne retient. Funya no Asayasu 38 Loin de déplorer l’oubli où vous m’avez laissée, Je crains tant pour vos jours, vous qui formiez des vœux… Dame Ukon 39 Je voudrais mettre un terme à cette mélancolie née dans les plaines où l’ancolie à l’armoise s’allie : quel amour ! Minamoto no Hitoshi (888-951) 40 Ma souffrance à la fin se lit à mon air, on me demande : " l’amour ? " Taira no Kanemori (?-990) 41 Le bruit court avant l’heure de mon amour j’avais coutume de dérober jadis mes pensées. Mibu no Tadami
42 Que nos vœux échangés et nos pleurs essuyés de nos mains mutuelles n’attirent pas les vagues, sur les montagnes des fins menaçantes ! Kiyohara no Motosuké (908-990) 43
S’il faut juger de mes anciennes pensées à la mesure de celles qui suivent notre intimité, qu’en reste-t-il ? Fujiwara no Atsutada (906-943) 44 Si la rencontre n’avait eu lieu, Quelle raison de nous en vouloir à cet autre et à moi ? Fujiwara no Asatada (910-966)
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Personne probablement n’aura le cœur serré, dans quelle vanité je vais perdre la vie ! Fujiwara no Koretada (924-972) 46 Le batelier qui franchit le pas de Yura a perdu sa rame Le chemin de l’amour va vers une destination inconnue. Soné no Yoshitada 47 Le havre où le lierre à la mousse s’enlace dit de sa mélancolie l’absence de l’homme mais la venue de l’automne. Moine Egyô 48 Au vent mauvais les eaux avant de battre le roc se dispersent et retombent et je tombe si bas en pensant à mon mal. Minamoto no Shigeyuki (?-1001) 49 Flambeaux de la garde impériale qu’attire la nuit, qu’étouffe le jour, incessante langueur… Ônakatomi no Yoshinobu (920-991) 50 Te fût-elle donnée, ma vie ne méritait pas de pleurs et voici que je la désire plus longue. Fujiwara no Yoshitaka (954-974) 51 Faut-il dire : " il en est ainsi ? " Non, bien sûr. L’armoise du pays que l’on dit brûle et ne savez-vous pas que mon cœur brûle aussi ? Fujiwara no Sanekata (?-998) 52 Un jour qui se lève est un jour qui doit mourir, je le sais, mais comment sereinement accueillerais-je cette aube ? Fujiwara no Michinobu (972-994) 53 Savez-vous que quand on est seul par une nuit d’affliction les heures qui précèdent l’aurore peuvent être infinies ? Mère de Michitsuna (937 ?-995) 54 Tenir jusqu’au terme de l’engagement d’un " je ne vous oublierai jamais " est si difficile que j’aspire à réduire ma vie aux limites de ce jour. Mère de Gidôsanshi (?-996) 55 Le fracas de la cascade est depuis longtemps évanoui ne reste qu’un nom dont on entend murmurer le cours. Fujiwara no Kintô (996-1041) 56 L’autre côté d’un monde qui n’est pas emportera le souvenir que je veux d’un dernier rendez-vous. Izumi Shikibu 57 Tant de temps pour le revoir et le voilà, à mon insu, disparu en catimini comme la lune enfouie en pleine nuit derrière un nuage. Murasaki Shikibu (973 ?-1014 ?) 58 Du mont Arimaya la brise souffle sur les champs de roseaux d’Ina. Non, écoutez : je ne vous oublierai pas. Fujiwara no Kenshi 59 Sans hésiter je me serai couchée mais la nuit avançait et j’ai même vu le coucher de la lune Akazomé Emon (début du XIe siècles) 60 Déjà la route est si longue jusqu’au mont Ôé et jusqu’à Ikuno que je n’ai pas mis le pied à Amanohashidaté et n’ai pas vu de lettre. Fille d’Izumi Shikibu (?-1025) 61 Les fleurs des cerisiers de Nara jadis la capitale portaient huit pétales mais aujourd’hui on peut respirer dans la cour le parfum d’un neuvième pétale. Isé
62 Dans les profondeurs de la nuit l’imitation du chant du coq ne me trompera pas le rendez-vous de la nuit et des convenances vous retiendra à la douane d’Ôsaka. Sei Shônagon 63 Puisqu’il ne me reste que de vouloir ne plus aimer ne pourrai-je sans passer par un autre le dire ? Fujiwara no Michimasa (993-1054) 64 Quand la nuit se grise et meurt, les brumes de la rivière d’Uji se dissipent et découvrent dans leurs clartés évaporées les pôles des filets du gué. Fujiwara no Sadayori (995-1045) 65 Peines rentrées, aigreurs, pleurs versés sur mes robes encore pour un amour dont avec horreur je contemple le désastre avec la ruine de mon nom. Sagami 66 Unanimement prenez mon mal en pitié, cerisiers des monts, d’âme je ne connais que celle de vos fleurs ! Ancien archevêque Gyôson (1055-1135) 67 J’ai posé pour dormir (mais est-ce le rêve d’un soir de printemps ?) la tête sur son bras, déjà sans remède, le bruit en court et me contrarie à l’extrême. Suô no Naishi 68 Prolonger à contrecœur mes jours dans les flottements du monde pour la nostalgie d’une lune qui laisse à mi-chemin la nuit dans les ténèbres ? Empereur retiré Sanjô (976-1017) 69 Le vent de la tempête souffle sur les montagnes de Momuro et les feuilles pourpres tissent leur dessein sur la rivière Tatsuta. Moine Nôin (988-?) 70 J’étais triste et je suis sorti de mon ermitage et j’ai posé mon regard alentour et je n’ai vu partout qu’un même crépuscule d’automne. Moine Ryôzen (XIe siècle) 71 Quand le soir tombe, le feuilles de riz dans le champ voisin frémissent avec les lattes de l’abri sous le souffle du vent d’automne. Minamoto no Tsunenobu (1016-1097) 72 Les vagues sonores et insidieuses de la plage de Takashi ne m’atteignent pas plus que vos frivoles insistances car je ne veux baigner les manches de ma robe… Dame Kii 73 Les cerisiers sont déjà en fleurs sur les hauts sommets des monts lointains, mais que la brume ne s’installe pas sur le village ! Ôe no Masafusa (1041-1111) 74 J’espérais par mes prières un peu moins de froideur mais je n’attendais pas les orages de Hatsusé. Minamoto no Toshiyori (1055-1129) 75 Tant de vœux ont suspendu ma vie à la rosée de l’armoise mais quelle désolation l’automne cette année se meurt. Fujiwara no Mototoshi (1060 ?-1142) 76 Quand à force ramées on atteint le large les vagues de la marée haute écumantes se confondent avec les nuées Fujiwara no Tadamichi (1097-1164) 77 Les torrents impétueux au gué se heurtent aux rochers et se divisent mais finisse par se réunir, pensé-je… Empereur retiré Sutoku (1119-1164) 78 Dans leur envol vers l’île d’Awaji combien de fois les pluviers de leur cri ont éveillé le douanier de Suma ? Minamoto no Kanemasa 79 Dans un déchirement des nuages que porte vacillants le vent d’automne surgit la forme de la lune qui pleure ses clartés. Fujiwara Akisuké (1090-1155) 80 Ne connaissant pas de cœur assurer de durer les cheveux en désordre ce matin je pense à cela Dame Horikawa (XIIe siècle) 81 J’ai tourné la tête d’où venait l’appel du coucou et je n’ai vu que la lune de l’aurore. Fujiwara no Sadasané (1139-1191) 82 Si ma vie résiste aux assauts les plus funestes, il est une douleur que je ne supporte pas ; celle qui conduit aux larmes. Moine Dôin (XIIe siècle) 83 Il n’est pas au monde de chemin, et j’ai cru pouvoir choisir les profondeurs des montagnes mais j’entends au loin le brame du cerf ? Fujiwara no Toshinari (1114-1204) 84 Une vie plus longue encore donnerait à l’instant présent une nouvelle couleur puisque le monde d’un passé d’affliction est ravivé par la mémoire que j’en tiens. Fujiwara no Kiyosuké (1104-1177) 85 Dans la nuit et l’attente du jour les mêmes pensées me hantent et la vue de cet espace où la chambre s’entrouvre sur les ténèbres augmente ma douleur. Moine Shuné (1113-?)
86 La lune qui de ses douloureuses injonctions paraît rappeler mon tourment n’est pour mes larmes qu’un prétexte. Moine Saigyô (1118-1190) 87 Depuis la dernière averse sur le village les gouttes déposées sur les aiguilles de l’if voient monter la brume : crépuscule d’automne. Moine Jakuren (1139-1202) 88 Pour une seule nuit furtivement partagée comme entre les roseaux coupés de la baie de Naniwa les pôles sont rangés, faut-il me consumer dans cet amour ? Dame d’honneur de l’empereur retiré Kôkamon
89 Ame si pareille à la soie où s’enfilent les perles tu te romps, romps-toi si tu dois durer, pour assumer les jours, je suis trop fragile. Princesse Shikishi (?-1201) 90 Voulez-vous que je vous montre les manches des robes des pêcheurs de l’île d’Ojima dont la couleur mille fois passée par les eaux ne s’altère pas ? Dame d’honneur de l’empereur retiré Imbumon 91 Le grillon chante ce soir où se dépose la gelée et sur la natte refroidie j’ai placé pour me couvrir mes seuls vêtements et dois-je me coucher seul ? Fujiwara no Yoshitsuné (1169-1206) 92 La manche de ma robe n’a pour se sécher pas plus de temps que le rocher à l’horizon englouti par la marée haute, mais qui le sait ? Dame Sanuki (1141-1217) 93 J’aspire à la constance du monde, la goélette a troqué ses rames pour une corde de remorque et je soupire Minamoto no Sanetomo (1192-1219) 94 Sur les monts de Yoshino le vent d’automne souffle dans la nuit qui s’avance et enveloppe le village de froidure mes vêtements claquent. Fujiwara no Masatsuné (1170-1221) 95 D’un geste j’oserai couvrir de ma manche les préoccupations de ce monde flottant dans le mont où je me tiens vêtu d’encore. Ancien archevêque Jien (1155-1225) 96 Qui neige emporté au jardin des Tempêtes ? Des fleurs ? Ou mon corps qui s’en va ? Fujiwara no Kimitsuné (1171-1244) 97 J’attends celui qui ne vient pas, le goémon que sa la plage on brûle au vent levé du soir me consume. Fujiwara no Teika (1162-1241) 98 Le vent parcourt d’un frémissement la surface du ruisseau de Nara crépuscule précoce mais les rites de Misogi signalent l’été. Fujiwara no Ietaka (1158-1237) 99 Entre regret et dégoût des êtres parce que le spectacle du monde ne m’inspire aucun élan Me voici tout entier tourné vers mon tourment. Empereur retiré Gotoba (1180-1239) 100 Les fougères au pied de l’auvent du palais m’ouvrent un temps passé Qu’aucune rêverie n’épuise. Empereur retiré Juntoku (1197-1242)
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