Décembre 2007
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Sommaire :
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Histoire et évolution du tanka
Tanka des poètes francophones contemporains
Renga
Présentation de poètes ou de livres sur le tanka
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| Extrait :
Midaregami - Les cheveux emmêlés - Tangled hair – Recension du recueil de tanka de Akiko Yosano - par Micheline Beaudry
Ce recueil offre un choix de tankas de Akiko Yosano qui ont été traduits du Japonais à l’Anglais par Sanford Goldstein et Seishi Shinoda, en 2002, aux éditions Cheng & Tsui Company de Boston, Worcester. Une édition révisée de Tangled Hair publié par Charles E. Tuttle, 1987.
Akiko Yosano est née à Osaka, au Japon, le 7 décembre 1878. Yosano est un pseudonyme. Le vrai nom de cette auteure est Yosano Shiyo. Elle a été parmi les premières féministes, pacifiste et active dans les réformes sociales, vers la fin de la période Meiji. Elle a écrit une œuvre, à la fois acclamée et controversée. Fille d’une famille marchande, elle lisait de la littérature en aidant le commerce familial. Elle commença jeune à écrire dans la revue de poésie Myôjô (Étoile brillante). L’éditeur de cette revue, Yosano Tekkan lui enseigna le tanka et se divorça pour l’épouser. Il comprit vite qu’elle avait un plus grand talent que le sien et s’employa à promouvoir son écriture et son œuvre.
Au travers des pins Autant sur ses joues que les miennes La brise Toutefois à quel point étrangères Nos pensées
En 1901, Yosano acheva son premier recueil de tankas, Midaregami (Tangled Hair – Cheveux emmêlés) qui contient 165 tankas qui furent bien accueillis malgré certaines critiques de son style passionné et libre. Dans la version récente de Goldstein & Shinoda, les traducteurs ont doté le recueil d’une introduction de 23 pages et ont écrit 165 notes pour éclairer le contexte à la fois géographique, social, culturel et religieux du Japon du début du XXe siècle. Au milieu du livre, des pages bleues regroupent les tankas en caractères japonais (kanji) tandis qu’à la fin, le rōmaji (désigne les caractères de l’alphabet latin utilisés dans le cadre de l'écriture japonaise) complète l’accessibilité aux tankas.
Dans la littérature japonaise, les cheveux ont une forte charge érotique surtout s’il est écrit qu’ils sont emmêlés i.e. après la nuit. Parfois, ils sont employés pour désigner une femme au travail, comme dans ce haïku de Murakami Kijô :
Jeune repiqueuse de riz D’une main pleine de boue Rajuste une mèche de cheveu
Dans plusieurs tankas, les cheveux réapparaissent sous différentes formes : boucles, mèches, cheveux d’une vierge, noir de jais comme le corbeau, mouillés ou lissés sous la pluie, dans le vent du printemps ou de l’automne, déliés dans le parfum des fleurs, éclairés par la lune ou cachés dans le brouillard etc.
Ce recueil intense créait une rupture avec les tankas traditionnels en introduisant l’individualisme dans les chants d’amour.
Au travers le rideau De ce lit d’amour Je contemple La séparation des étoiles Le long de la Voie Lactée
La " séparation des étoiles " fait allusion à la légende chinoise La Tisserande et le Bouvier. Alain Kervern a donné ce titre au livre III de son Grand Almanach Poétique Japonais qui traite des mots de saison de l’été. Il s’agit de deux étoiles séparées – l’étoile Vega de la constellation du Cygne et l’étoile Altaïr de la constellation de l’Aigle que nous retrouvons dans ce que les astronomes désignent comme " le triangle d’été ". Le Pavillon japonais du Jardin botanique de Montréal célèbre la nuit de la Tanabata, au soir du 7 juillet qui alignait cette année 2007, les trois 7 : 07/07/07. (Le Jardin japonais souligne à sa façon Tanabata, la fête japonaise des étoiles qui célèbre la légende entourant la rencontre de Orihime et de Hikoboshi, deux amants séparés par la Voie lactée et à qui il est permis de se retrouver une fois par an.)
La lecture de Akiko développe un fond de culture nipponne en nommant des lieux du Japon : tel " traversant Gion " qui est un quartier célèbre de Kyoto qui évoque à la fois les Geishas et le sanctuaire Yasaka. Et " la rivière Kamo " traversant la même ville. Ses tankas sont aussi teintés de bouddhisme et les hommes entraperçus sont parfois des moines. Elle commence un tanka de printemps par l’expression : " bien-aimé Bouddha " qui confère à son poème une chaleur sensuelle dans ce qui ressemble à un élan de prière. Elle convoque " la cloche du Temple " et divers objets religieux qui se trouvent dans le paysage japonais surtout dans la ville de Kyoto très riche en temples. Elle dépeint les mœurs de l’époque qui nous sont difficiles à interpréter, tels les serveuses de riz, meshi-mori qui attendaient les voyageurs dans les auberges.
Lire Akiko Yosano, c’est comme passer d’un éventail peint à un autre. Des scènes s’en dégagent dans des luminosités variables. Les mouvements dessinés forment des courbes qui s’entrecroisent donnant aux mots une vérité d’estampe.
Les colombes Du sommet de la pagode Les pétales des cerisiers tombent Dans le vent du printemps – J’écrirai ma chanson sur leurs ailes
La part de l’imaginaire ressort particulièrement dans le dernier vers où l’auteure transpose son écriture sur des ailes de colombes. Ses mots et ses poèmes se fondent ainsi dans la nature et s’envolent au loin.
Yosano s’est consacrée à l’éducation en fondant " the Institute of Culture ". Elle a ainsi aidé plusieurs aspirants écrivains à réussir dans le monde littéraire. Elle est décédée en 1942, à l’âge de 63 ans durant la guerre ce qui la fit tomber dans l’oubli. Durant les dernières décades cependant, son style sensuel a ravivé la popularité de ses écrits surtout en ce qui concerne ses tankas. Sa tombe est sise à Tama Reien non loin de Tokyo.
Janine Beichman a écrit : " Comment une jeune fille issue d’une province et destinée à rien d’autre qu’à s’occuper du magasin de sa famille devint-elle une poétesse audacieuse dont la vie et l’écriture font évoluer le concept de l’amour dans le Japon moderne ? "
Dans son recueil, l’auteure alterne les envolées d’amour et les anéantissements de solitude peignant ainsi un tableau complexe de l’âme humaine. Elle enfreint par ses tankas l’interdiction qu’avaient les femmes japonaises d’exprimer leur chagrin. Elle en arrive à des paradoxes irrésolus où son féminisme émerge naturellement en cet aveu exaspéré :
Pour punir Les hommes de leurs péchés sans fin Dieu m’a donnée Cette peau claire Ces longs cheveux noirs
Les féministes d’aujourd’hui peuvent sourire en lisant ce poème comme s’il avait été écrit durant la dernière décade. De l’éternel féminin rien ne change à travers les civilisations. D’où l’actualité des tankas d’Akiko Yosano.
© Micheline Beaudry, 2007 __________________________________________________________________ Note : tous les textes sources en anglais ont été traduits librement par l’auteure de l’article.
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